VIH : le dépistage systématique peu efficace et peu utile

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Le dépistage généralisé du VIH lors d’une consultation médicale est “peu efficace, probablement pas utile et coûteux“, estime l’auteur d’une étude française publiée dans une revue internationale de référence, Archives of Internal Medecine. Ces résultats s’opposent aux recommandations du Conseil National du Sida qui prône un dépistage systématique plutôt qu’un dépistage ciblé.

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dépistage systématique du VIH a été proposé pour “atteindre les personnes qui ignorent leur séropositivité car elles ne se sentent pas à risque, et qui n’ont jamais réalisé de test de dépistage“, explique à Doctissimo Anne-Claude Crémieux (hôpital universitaire Raymond Poincaré, AP-HP, Université Versailles Saint-Quentin). En vigueur aux États-Unis depuis 5 ans, cette pratique est néanmoins de plus en plus sujette à controverses.La plus grande étude sur le dépistage systématiqueAvec France Lert, Kayigan Wilson d’Almeida (Inserm U 1018) et leurs collègues (Institut national de veille sanitaire et services des urgences des hôpitaux Hôtel-Dieu-Cochin, Saint-Antoine et Henri-Mondor), Anne-Claude Crémieux a voulu savoir si cette pratique avait effectivement un intérêt en termes de santé publique.Les chercheurs ont réalisé une étude dans 29 services d’urgences d’Ile-de-France -région la plus touchée par l’infection au VIH- qui ont proposé à plus de 20 000 personnes, sur les 78 411 consultants, un test de dépistage du VIH.  “Il s’agit de la plus grande étude en population générale publiée à ce jour dans les pays à faible prévalence“, explique Anne-Claude Crémieux.Résultats : “le dépistage au niveau des urgences est faisable et bien accepté par 2/3 des personnes“ mais il ne présente pas d’intérêt en termes de santé publique. “Le dépistage systématique est peu efficace car sur les 13 000 tests réalisés, seules 18 personnes ont été dépistées VIH+ dont 40 % à un stade tardif de l’infection“, rapporte Anne-Claude Crémieux.  Ces résultats montre que “le dépistage systématique ne répond pas aux espérances, car contrairement à ce qu’on pensait, ces personnes faisaient partie des populations les plus à risque“. En outre, ajoute-t-elle, “on en perd un tiers, qui ne vient pas aux consultations de suivi“ proposées en cas de séropositivité. Et la chercheuse de conclure : “Plutôt qu’un dépistage systématique du VIH, nous pensons qu’il vaut mieux renforcer les moyens accordés au dépistage ciblé en proposant des tests aux personnes les plus à risque“.L’association de patients AIDES favorable au dépistage cibléUne stratégie qui va plutôt dans le sens de ce que prônent les associations de patients. “Il nous apparaît plus pertinent de proposer un dépistage du VIH aux populations dites à risque plutôt qu’aux personnes qui auraient un rapport lointain avec l’épidémie“, commente un porte-parole de l’association AIDES.

Pour autant, il rappelle que “l’idée est quand même d’arriver à dépister les 50 000 personnes qui ignorent leur séropositivité“ et que c’est dans ce sens que le Conseil National du Sida (CNS) avait proposé, dès 2006, d’élargir le dépistage du VIH à l’ensemble de la population.

A son grand dam et à celui de la Conférence Nationale de Santé, cette proposition n’avait pas été retenue dans le Plan Sida 2010-2014.Des résultats à prendre en compte pour améliorer la politique de dépistagePar ailleurs, Anne-Claude Crémieux insiste sur le fait que les résultats de son étude ne sont pas contradictoires avec ceux d’une autre étude menée à l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) par Dominique Costagliola, baptisée URDEP, dont la première lecture donne à penser que le dépistage basé sur un test rapide réalisé aux urgences est coût-efficace. “L’étude a été construite uniquement autour de la question : est-ce que le dépistage systématique est réalisable aux urgences ?“, explique la chercheuse, pour qui la réponse positive est conforme aux résultats obtenus dans l’étude qu’elle a menée. En revanche, à la différence de son étude, URDEP a été ciblée sur 6 urgences où l’on trouve une forte prévalence de personnes à risque d’infection par le VIH. Et Anne-Claude Crémieux de conclure que les auteurs d’URDEP “ont fait du ciblage dans une certaine mesure“ en faisant “des tests à une partie très restreinte de la population générale“, ce qui va dans le sens de l’intérêt d’un dépistage ciblé.Selon la chercheuse,“ les résultats [de son étude] devraient être pris en compte par les autorités de santé pour discuter et améliorer la politique de dépistage en France“.Amélie PelletierSourcesModest Public Health Impact of Nontargeted Human Immunodeficiency Virus Screening in 29 Emergency Departments, Kayigan Wilson d’Almeida et coll., Archives of Internal Medecine, 24 October 2011 (

résumé accessible en ligne).- Interview de Tony Fortin, porte-parole de l’association AIDES, 28 octobre 2011.- Interview d’Anne-Claude Crémieux, chercheuse à hôpital universitaire Raymond Poincaré, AP-HP, Université Versailles Saint-Quentin, 28 octobre 2011.Click Here: cheap Cowboys jersey