Uranium français en Russie : Greenpeace s'insurge, Areva se défend

Yannick Rousselet, responsable de la campagne Nucléaire de Greenpeace, s’est enchaîné à une voie ferrée aux abords de la gare maritime de Cherbourg le 6 décembre. L’objectif était d’empêcher l’évacuation de déchets nucléaires arrivant par train de Pierrelatte (Drôme), dans un cargo vers la Russie. Il s’est finalement fait déloger ce lundi matin, peu avant 07h30.

Le cargo destiné à emmener plusieurs tonnes d’uranium appauvri en Russie, le Kapitan Lus, lui, a bel et bien accosté ce matin. Retour sur les faits : il y a quelques semaines un documentaire édifiant diffusé sur Arte faisait éclater au grand jour le scandale des déchets radioactifs français envoyés et stockés en Russie (lire

notre article).
Officiellement, il s’agit de faire enrichir là-bas chaque année une centaine de tonnes d’uranium appauvri issu de nos centrales (15 % de la totalité produite chaque année). Au terme d’un voyage de 8000 km, depuis l’usine de la Hague jusqu’au complexe atomique russe de Tomsk-7, seulement 10 % de cet uranium est effectivement retraité et réexpédié en France, les 90 % restants étant finalement stockés sur place, dans des containers sur des parkings à ciel ouvert.
C’est cette situation pour le moins inacceptable que cherchait à dénoncer Yannick Rousselet. Il explique dans un communiqué qu’“Areva ne sait plus quoi faire de ses déchets dont les stocks débordent à Pierrelatte. Il semblerait donc qu’Areva n’ait pas pu attendre la fin des enquêtes commanditées par le Ministre Jean-Louis Borloo en octobre. Nous sommes contraints d’intervenir et de dénoncer encore une fois le trafic d’Areva afin que cessent ces exportations de matières nucléaires, au moins le temps qu’aboutissent les enquêtes“.
En effet, le documentaire de Laure Noualhat et d’Eric Guéret avait conduit le ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo, à saisir le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sûreté nucléaire (HCTISN). “Le 19 octobre, ce Haut comité a demandé l’inventaire global des matières et déchets produits dans le cycle du combustible nucléaire, précise Greenpeace dans un communiqué. Il a commencé à auditionner l’ensemble des exploitants le 20 novembre, et doit rendre ses conclusions avant la fin janvier.
D’ores et déjà il est apparu dans les premières investigations qu’au cours des dernières années, plusieurs milliers de tonnes de matières nucléaires ont été exportées vers la Russie. Et seulement quelques centaines sont revenues.
Pourtant, malgré ces constats, la présidente d’Areva, aujourd’hui sur France Info, affirme que Greenpeace se trompe de bataille, insistant sur l’aspect “renouvelable“ du nucléaire, sans émission de CO2, et invite Greenpeace à s’attaquer à d’autres causes… :

Anne Lauvergeon-franceinfo-07 12 2009
L’absence d’émission de CO2 semble donc être l’argument clef pour éviter de lutter efficacement contre les dérives de l’industrie nucléaire, même objectivées par différentes rapports.
Yamina SaïdjSource : Ouest France, France Info, Communiqué de Greenpeace France, décembre 2009Photo : Chaveau/Sipa