Présidentielle, et législatives, en Tunisie : “le grand chambardement”

L’élection présidentielle en Tunisie aurait dû avoir lieu le 17 novembre 2019. A la suite du décès du président Béji Caïd Essebsi, elle a été avancée au 15 septembre pour le premier tour. La date d’un éventuel second tour n’a pas encore été décidée mais s’il a lieu, celui-ci pourrait se tenir en novembre. Le pays va ainsi connaître deux scrutins à trois semaines d’intervalle puisque les législatives ont été programmées le 6 octobre. Pour la première fois dans le monde arabe, trois débats télévisés incluant tous les candidats auront lieu les 11, 12 et 13 septembre.Le pays vit “un grand chambardement” politique avec “le délitement des alliances”, une gauche mal en point et la montée d’un phénomène populiste, constate l’association Nachaz Dissonances.Le populiste emprisonné reste candidatConcernant la présidentielle, 26 candidats ont été retenus, a annoncé le président de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), Nabil Baffoun. On trouve ainsi Nabil Karoui, issu des rangs de Nidaa Tounès (le parti de Béji Caïd Essebsi). Cet homme d’affaires, patron de la chaîne Nessma TV, est aujourd’hui souvent qualifié de “populiste”. Il a commencé sa campagne en lançant des opérations de charité médiatisées… par Nessma TV. Accusé de “blanchiment”, l’homme est… en prison. Mais reste candidat.

Le Premier ministre tunisien et candidat à la présidentielle, Youssef Chahed, en campagne à Tunis le 2 septembre 2019 (REUTERS – ZOUBEIR SOUISSI / X02856)

Scrutin très ouvertDes sondages (officiellement interdits) donnent en tête Nabil Karoui, à qui l’emprisonnement pourrait conférer un statut de martyr. “La résurgence de la question sociale, notamment celle de la pauvreté, combinée au vent de fronde anti-élite, explique notamment (son) essor”, analyse Le Monde. L’homme d’affaires “est le monstre du système qui se pose en alternative au système. Le pur produit du capitalisme de la fraude et des pots-de-vin qui se pose en porte-parole des plus pauvres”, estime Nachaz Dissonances. Sa fulgurante ascension “dans les sondages et dans le baromètre du café du commerce démontre la redoutable efficacité des médias audiovisuels”.Pour autant, le scrutin présidentiel est très ouvert. “Cela soulève beaucoup de doutes et d’incertitudes chez les Tunisiens qui se demandent : ‘Pour qui vais-je voter ?’, explique un observateur tunisien à franceinfo Afrique. On sent aussi de l’inquiétude : le pays ne risque-t-il pas de devenir ingouvernable ? “Le contexte de délitement de la vieille société politique bouleverse les priorités et brouille l’ordre des questions”, précise Nachaz Dissonances. “Les élections de 2019 sont à tous égards fatidiques. Seront-elles le tremplin vers le pire ou un tournant salutaire pour nos institutions et notre vie commune ?”, demande l’association.