Perturbateurs endocriniens : un rapport juge les actions de la France insuffisantes

Un rapport, commandé par le gouvernement en août 2017, dresse un bilan de l’action de l’Etat sur la problématique des perturbateurs endocriniens, engagée en 2014. Les résultats montrent que la France joue un rôle de leader en Europe sur la réglementation de ces substances. Mais les actions mises en place restent insuffisantes.

Sommaire

  1. Les sols et l’air ne sont pas assez surveillés
  2. 5 nouvelles substances évaluées chaque année
  3. Interdiction du bisphénol A dans les tickets
  4. Des actions de formation auprès des professionnels de santé
  5. Poursuivre les efforts de recherche et de réglementation

Le 2 août 2017, le gouvernement a demandé au Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), au Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) et à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) d’évaluer la Stratégie Nationale sur les Perturbateurs Endocriniens (SNPE), initiée par la France en avril 2014. Voici leurs conclusions.Les sols et l’air ne sont pas assez surveillésLe rapport indique que les efforts de recherche sur les substances accusées d’être des

perturbateurs endocriniens sont aujourd’hui insuffisants. Le manque de financement est une des principales raisons. Les recherches effectuées ces dernières années ont tout de même permis de constater que la surveillance des sols est “quasi inexistante” et que la surveillance de l’air est “très en retard comparée à la surveillance de l’eau“. Cette dernière est en effet cadrée par une directive européenne et bien financée. Aussi, des travaux ont démontré que

l’exposition à plusieurs perturbateurs endocriniens en même temps (aussi appelé “cocktail”) était beaucoup plus dangereuse que l’exposition à un seul perturbateur endocrinien et que par conséquent cela remettait en cause “les raisonnements classiques de la toxicologie“.5 nouvelles substances évaluées chaque annéeConcernant l’évaluation des dangers et des risques de substances susceptibles d’être des perturbateurs endocriniens, le rapport fait savoir que l’Agence nationale de sécurité de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) évalue cinq nouvelles substances chaque année. En revanche, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) n’a pas respecté l’objectif qui lui avait été fixé : évaluer chaque année trois substances présentes dans les produits cosmétiques.Interdiction du bisphénol A dans les tickets
Côté réglementation, le bilan est positif pour la France qui a affirmé sa volonté de parvenir à une définition européenne des perturbateurs endocriniens insistant sur leur caractère dangereux. Cela s’est traduit par la publication d’une liste de  produits pesticides et biocides potentiellement perturbateurs endocriniens.
Le rapport rappelle également une des mesures phares de l’action de l’Etat contre les perturbateurs endocriniens : l’interdiction du

bisphénol A dans les tickets thermiques.Des actions de formation auprès des professionnels de santéDernier axe de la SNPE : la formation des professionnels de la santé et l’information du grand public sur les PE. On apprend que des actions de formation continue ont été initiées auprès de certains professionnels de la santé et que des actions d’information ont été amorcées auprès de la population. Le rapport les juge toutefois insuffisantes et dispersées.Poursuivre les efforts de recherche et de réglementationLe bilan global pour la France est positif même s’il peut encore être amélioré, souligne le rapport, qui suggère de mettre en œuvre de nouvelles actions :

  • Donner une place à la thématique PE dans la stratégie nationale de recherche ;
  • Surveiller les différents milieux et les produits alimentaires ;
  • Parvenir à une définition réglementaire générique de critères PE ;
  • Prendre des initiatives pour faire évoluer la réglementation européenne ;
  • Interdire les substances dangereuses et favoriser les substitutions.

Pour y parvenir, “la mobilisation de l’ensemble des ministères et agences publiques concernés est indispensable“, conclut le rapport.