La science pourrait-elle nous inventer des souvenirs ?

Une équipe internationale de chercheurs est parvenue à créer pour la première fois de faux souvenirs dans le cerveau de souris, apportant un éclairage sur le mécanisme neurologique de ce phénomène mystérieux chez les humains.

Des scientifiques ont réussi à créer de faux souvenirs dans le cerveau de souris. Une avancée pour comprendre ce phénomène chez l'Homme.

Les approximations de notre mémoireLa

mémoire déformée d’événements ou d’expériences vécus ou n’ayant tout simplement jamais existé est bien réelle, mais mal connue. Des chercheurs ont étudié ce phénomène mystérieux. Ils ont réussi à créer des souvenirs dans le cerveau de souris, un premier pas dans la compréhension de ce mécanisme chez les êtres humains.Dans de nombreux procès, des accusés, ultérieurement innocentés par des

tests ADN, avaient été reconnus coupables sur la foi de témoins ou de victimes certains de leur mémoire pourtant défaillante. Ainsi, les trois quarts des 250 premiers accusés aux États-Unis blanchis par une analyse ADN avaient été victimes de témoins visuels dont la mémoire des faits était fausse, selon des scientifiques américains.Nos souvenirs sont stockés dans des ensembles neuronaux (engrammes) qui peuvent être comparés à des Legos. Quand nous nous rappelons un évènement, notre cerveau reconstruit le passé à partir de ces briques d’informations. Mais le simple fait d’accéder à ses souvenirs les modifient et les déforment.Vrais et faux souvenirs“Des études sur les humains basées sur le comportement et les techniques d’imagerie par résonance magnétique n’ont pas permis de déterminer les régions de l’hippocampe et les circuits neuronaux responsables de la création de faux souvenirs“, explique Susumu Tonegawa, professeur de biologie et de neuroscience au Massachusetts Institute of Technology (MIT), un des principaux auteurs de cette récente étude sur le sujet. “Nos expériences sur les souris représentent le premier modèle animal dans lequel la formation de faux et de vrais souvenirs peut être étudiée au niveau des engrammes, les traces laissées dans le cerveau par tout événement passé“, précise-t-il.L’équipe du professeur Tonegawa a pu créer des faux souvenirs dans la mémoire de souris génétiquement modifiées en manipulant les cellules cérébrales dans lesquelles ces engrammes sont “gravés“ et situées dans l’hippocampe (qui joue un rôle central dans la mémoire). Les chercheurs ont programmé ces cellules pour qu’elles puissent répondre à des pulsions lumineuses afin de pouvoir les manipuler.Ils ont tout d’abord placé ces souris dans une boite “A“ représentant une zone sans aucun danger. Les rongeurs ont ensuite été mis dans un environnement totalement différent, la boite “B“, où les auteurs de l’expérience ont réactivé la mémoire de la boite A avec des pulsions lumineuses sur les cellules de l’hippocampe de ces souris. Ils ont en même temps provoqué un léger choc électrique sous leurs pattes créant un lien entre cette expérience désagréable et le souvenir réactivé de la boite A. Quand ces animaux ont été replacés dans la boite A où rien de néfaste ne s’était réellement passé, les chercheurs ont constaté que ces animaux étaient effrayés.“La mémoire est très dynamique“De plus, quand ces souris ont été placées dans un autre environnement totalement nouveau, ces scientifiques ont pu réactiver à volonté les cellules de l’hippocampe associées à ce faux souvenir désagréable de la boite A.“Les humains sont des animaux très imaginatifs et tout comme ces souris, une expérience déplaisante peut être attachée à une autre expérience antérieure à laquelle la personne pense au même moment, créant ainsi un faux souvenir“, commente le professeur Tonegawa, prix Nobel médecine en 1987. “Le rappel de ce faux souvenir active les mêmes centres de la peur dans le cerveau, ce qui ne permet pas de le distinguer de la mémoire d’une expérience bien réelle de frayeur“, note Xu Liu, chercheur du MIT et co-auteur de cette recherche.Selon lui, ce mécanisme de formation de faux souvenirs serait similaire à celui qui peut se produire lors d’une séance de psychanalyse. Le psychanalyste peut faire ressortir par la persuasion un souvenir enfoui d’une expérience traumatisante dans l’enfance. Expérience qui est souvent fictive.“Une des idées fausses les plus répandues quant à la mémoire c’est celle d’une image qui reste gravée pour toujours dans le cerveau sans être altérée“, affirme Xu Liu. “La mémoire est en fait très dynamique et est modifiée à chaque fois que nous nous souvenons de quelque chose“, poursuit-il. “Quelquefois nous nous en rendons compte, mais la plupart du temps nous n’en sommes pas conscients, ce qui explique pourquoi les gens sont convaincus de l’exactitude de leur souvenir“, ajoute le chercheur.“La prochaine étape dans les recherches sur la mémoire se concentrera sur les mécanismes permettant d’effacer de mauvais souvenirs“, indique Xu Liu, et ce toujours avec des souris, “de telles expériences sur des humains étant éthiquement inconcevables“.Violaine Badie, avec AFP/RelaxnewsSource : Steve Ramirez, Xu Liu, Pei-Ann Lin, Junghyup Suh, Michele Pignatelli, Roger L. Redondo, Tomás J. Ryan, Susumu Tonegawa : “Creating a false memory in the hippocampus“. Etude publiée dans le journal Science, le 26 juillet 2013 (

abstract en ligne)Click Here: cheap nrl jerseys