Du Darfour à la Méditerranée, retrouvailles sur le bateau “Ocean Viking” entre un réfugié et celle qui l’avait soigné il y 15 ans

En 2004, l’infirmière américaine de MSF avait soigné le bébé, amené blessé par sa mère dans un village du Darfour au plus fort d’un conflit qui ciblait les civils dans l’ouest du Soudan. Quinze ans plus tard, Mary Jo a accueilli Omar en Méditerranée, à bord de l’Ocean Viking, le bateau de SOS Méditerranée et de MSF. Des retrouvailles inespérées qui résument des destins bouleversés par les conflits, la violence, la misère et la volonté à tout prix d’un avenir meilleur.A bord du bateau de SOS Méditerranée et Médecins sans Frontières (MSF), qui a recueilli pour sa première mission 356 personnes fuyant la Libye, Mary Jo Frawley a reconnu le garçon aujourd’hui âgé de 17 ans. Elle a aussi reconnu un autre jeune homme, Abdurahman, 22 ans. Le père de ce dernier avait sauvé la vie de l’infirmière avant d’être abattu par les janjawids, redoutés miliciens arabes qui menaient des attaques à cheval.Bien sûr, Omar était trop petit pour se souvenir précisément des évènements de l’époque: “J’avais 2 ans, mais ma mère m’a raconté”, sourit-t-il devant le journaliste de l’AFP. Il se souvient tout de même un tout petit peu, et Abdurahman très nettement, de cette infirmière aux cheveux blonds pâles et aux traits effilés. Mary Jo a connu la plupart des désastres humanitaires des 20 dernières années. En particulier en Afrique.Mary Jo et Abdurhaman se souviennentLa large cicatrice qui barre le mollet filiforme d’Omar a permis à la soignante de se rémémorer les évènements. Au poignet, Omar porte le bracelet jaune qui identifie les mineurs: comme lui, ils étaient plus de 80 à bord de l’Ocean Viking, voyageant seuls. L’infirmière et celui qu’elle a soigné échangent à mi-voix par l’intermédiaire d’un traducteur, interrompus par d’immenses sourires du jeune garçon. “Sa mère nous l’a amené une nuit, il avait été blessé dans un bombardement”, se souvient Mary Jo. MSF maintenait alors une petite unité chirurgicale dans le village de Muhajeria, “au milieu de rien” dans le sud du Darfour. “Cela n’arrêtait pas, on recevait 40 à 50 patients par jour, 24 heures sur 24″, poursuit l’infirmière. “C’étaient des temps vraiment difficiles. Les attaques se produisaient sans arrêt, les gens couraient se cacher dans les montagnes”.

L’arrivée de migrants sur le bateau “Ocean Viking” le 23 août 2019 (ANNE CHAON / AFP)

Un jour, les villageois ont prévenu MSF d’une attaque imminente contre le dispensaire. Il valait mieux fuir. “Le gouvernement voulait se débarrasser de nous”, raconte Mary Jo. Ce soir-là, c’est le père d’Abdurhaman qui est venu la prévenir.Quand la communauté est venue nous prévenir qu’il fallait partir, cela a été vraiment difficile de laisser tous ces gens derrière nous. Et (de quitter) cet hôpital qui recevait tellement de mondeMary Jo Frawley, infirmière de MSFà l’AFPAbdurhaman avait son anniversaire: il avait tout juste sept ans. Le lendemain, “vers 5h00”, précise-t-il, les janjawids ont déferlé sur le village. Ils ont tué son père sous ses yeux, à bout portant, alors qu’ils fuyaient avec sa mère. “J’étais le plus jeune de mes frères et soeurs. Beaucoup de gens ont été tués. A ce jour, nous n’avons toujours aucune nouvelle de mon grand frère”. Ce dernier vivait dans une autre localité.Du Darfour vers l’Europe: nouvelles épreuves sur la route de l’exil Avec sa mère, l’enfant s’est réfugié dans la grande ville de Nyala. Sur le bateau, Omar et Abdurahman ont reconnu les rations que MSF distribuait aux enfants du Darfour, à base d’arachide, dans le cadre d’un programme nutritionnel. Avec Mary Jo, ils se remémorent le bruit des avions de l’armée soudanaise qu’on entendait bien avant de les voir. “Brrrrrrr”, miment-ils de concert, le bourdonnement qui précédait les bombardements. “Ils attaquaient souvent avec les janjawids”, souligne-t-elle. Ces gens ont sauvé ma vie, je leur en suis toujours reconnaissante. Mais la guerre a continué, nous sommes partis: j’ai toujours espéré pouvoir les remercier.Mary jo Frawleyà l’AFPSe tournant vers les jeunes gens, sauvés par l’Ocean Viking d’une noyade probable au large des eaux libyennes sur un canot déjà percé, elle poursuit: “C’était mon espoir, et c’est mon devoir et mon privilège, aujourd’hui, de vous aider. Votre famille l’a fait pour moi. C’est le cycle de l’amour que nous partageons.”Abdurahman et Omar ont subi de nouvelles épreuves sur la route de l’exil et vont tenter maintenant leur chance en Europe, espérant aider leur famille. En 2016, l’ONU estimait que le conflit au Darfour avait fait au moins 300 000 morts.Click Here: USA Rugby Shop