Céder ou ne pas céder à la tentation ?

Comment cédons-nous à la tentation ? Tout ne serait pas qu’une simple affaire de volonté. Les mécanismes cérébraux en cause viennent d’être dévoilés par des chercheurs de l’Inserm. Les régions impliquées dans les circuits de la mémoire jouent un rôle majeur dans cette régulation.

Les mécanismes en jeu dans la résistance ou non à la tentation se trouveraient au niveau de l'hippocampe.

Certains présentent une résistance hors du commun. D’autres sont incapables de tenir plus de quelques secondes. Pourquoi ne sommes-nous pas tous égaux face à la tentation ? Des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) se sont penchés sur la question. Tout se passe dans une partie du cerveau : l’hippocampe. Cette structure du cerveau profond abrite les systèmes cérébraux de la

mémoire. Ce sont eux qui nous aideraient à résister à la tentation selon les conclusions de l’étude de l’Inserm.Récompenses immédiates ou différéesPour déterminer comment certaines personnes peuvent résister à l’attrait des plaisirs immédiats alors que d’autres y cèdent facilement, les chercheurs de l’Inserm ont proposé deux possibilités aux sujets de l’étude : soit un gain financier de 10 € tout de suite, soit un gain de 11 € le lendemain. Ils ont ainsi découvert au moyen d’IRM

cérébrales que la région dorso-latérale du cortex préfrontal, une région qui joue un rôle dans la maîtrise du comportement, était essentielle pour faire des choix “patients“, c’est-à-dire patienter pour obtenir un gain plus élevé mais différé.Ces tests omettent toutefois une donnée importante : “Nous pouvons percevoir les récompenses immédiates par nos sens, alors que les récompenses futures ne sont représentées que dans notre imaginaire“, explique Mathias Pessiglione, chargé de recherche à l’Inserm et responsable de l’étude. Afin de reproduire cette situation en laboratoire, les auteurs ont utilisé “des récompenses plus naturelles telles que les aliments“. Les volontaires devaient choisir entre des récompenses immédiates (bière) représentées sous la forme de photographies et des récompenses futures (champagne) présentées sous forme de textes.Projection vers le futurIls ont pratiqué le  test auprès de patients atteints de la maladie d’Alzheimer, qui entraîne des lésions de l’hippocampe. Ces sujets se sont orientés spécifiquement vers les récompenses immédiates, les récompenses futures leur demandant un effort d’imagination. A l’inverse, les sujets souffrant de dégénérescence préfrontale affichaient une

impulsivité excessive pour tous types de choix.Les auteurs de cette études ont donc conclu au rôle principal de l’hippocampe dans le processus de résistance à la tentation : “Ceci est dû au fait que l’hippocampe est nécessaire pour imaginer les situations futures avec une richesse de détails qui les rendent suffisamment attrayantes“. Cette structure, connue pour enregistrer les épisodes passés est également impliquée dans la simulation des situations futures. Ceci explique que les personnes souffrant de lésions de l’hippocampe  présentent des déficits de mémoire, mais également une difficulté à imaginer des objectifs qui pourraient s’opposer à l’attrait des récompenses immédiates et motiver leurs actions sur le long terme.Violaine Badie
Sources :
1- Communiqué de l’Inserm, 22 octobre 2013
2- Maël Lebreton, Maxime Bertoux, Claire Boutet, Stéphane Lehericy, Bruno Dubois, Philippe Fossati, Mathias Pessiglione : “A critical role for the hippocampus in the valuation of imagined outcomes“, étude publiée dans la revue Plos One, le 22 octobre 2013 (

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