Canicule : la France est-elle prête ?

Durant l’été 2003, la canicule entraînait la mort de 15 000 personnes âgées. Manque de préparation, de coordination, d’alerte… Aujourd’hui, la leçon semble avoir été retenue et le gouvernement entend ne pas être pris au dépourvu. Zoom sur le nouveau plan canicule.

En août 2003, les températures jamais vues depuis 50 ans s’accompagnaient d’une véritable catastrophe sanitaire. Les services d’urgence sont débordés, les pouvoirs publics se posent la question du stockage réfrigéré pour les corps… Quelques mois plus tard, un rapport dénonce pêle-mêle les insuffisances de l’évaluation du risque, l’insuffisante coordination des services sanitaires et l’absence de permanence de médecins libéraux. Aujourd’hui, la France se dit prête comme en témoigne l’annonce du plan canicule 2005 par Xavier Bertrand, Ministre de la santé.
Quatre seuils d’alerte
Alors que les météorologues prévoient une température moyenne de 2 degrés de plus que la normale pour l’été 2005, le Ministre de la santé Xavier Bertrand précise “Je ne suis pas en train de vous annoncer une canicule pour l’été 2005, je suis en train de vous dire que le risque existe et que nous devons impérativement y être préparés“. Pour cela, quelques nouveautés sont à attendre du plan canicule 2005.
Après les couacs de 2003, les responsabilités de chacun sont aujourd’hui clarifiées. Météo France surveille le ciel et établit ses prévisions. A partir de ces données l’Institut de Veille sanitaire (InVS) évalue les risques pour la population. S’il est alerté, le Ministre de la Santé est alors chargé du déclenchement des alertes. L’ensemble du plan est piloté et coordonné par le Directeur général de la Santé, Didier Houssin.
Cette année, le schéma d’alerte a ainsi été revu et prévoit des seuils départementaux (voire infra-départementaux) et non plus régionaux pour mieux s’adapter à la géographie de la canicule. Quatre niveaux sont ainsi prévus :
Veille saisonnière (niveau 1) : niveau de vigilance entre le 1er juin et le 31 août ;
Pré-alerte (niveau 2) : ce niveau est déclenché à l’annonce d’une canicule, à partir de 3 jours avant l’arrivée de la vague de chaleur, si les prévisions Météo le permettent ;
Alerte (niveau 3) : premier niveau d’action, la vague de chaleur étant arrivée ;
Mobilisation maximale (niveau 4) : ce niveau est décidé par le Premier ministre en cas d’accumulation de sources de danger pour la santé et la sécurité des Français.
Poursuivre les efforts de prévention
Une attention particulière est bien évidemment portée aux 9,3 millions de personnes de plus de 65 ans. Parmi elles, 670 000 vivent en établissement, mais sont souvent les plus âgées et les plus dépendantes. “Il faut donc leur porter une attention toute particulière. La priorité est la mise en place d’un plan bleu dans chaque établissement et l’installation d’une pièce rafraîchie“ précise Monsieur Philippe Bas, Ministre Délégué à la sécurité sociale, aux personnes âgées, aux personnes handicapées et à la famille. Ces plans bleus ont pour objectifs de prévenir les conséquences d’une canicule en modifiant l’organisation (prise en charge des résidents de l’établissement par un établissement de santé proche, organisation, responsabilité de chacun…). Plus des trois quarts des structures pour personnes âgées en sont dotés aujourd’hui, tout comme ils sont 93 % à disposer d’une pièce rafraîchie. Selon les ministres, “c’est bien mais cela reste insuffisant, l’objectif de 100 % doit être atteint dans les plus brefs délais“. Après les incitations (dont 19,2 millions d’euros versés sous forme de subvention entre le 1er septembre et le 31 juillet 2004), des décrets seront pris avant le 14 juillet pour rendre ces dispositifs obligatoires. Par ailleurs, 26 millions d’euros de crédits sont prévus pour permettre de recruter du personnel de soins saisonnier ou de rémunérer des heures supplémentaires pour les maisons de retraite, les unités de soins de longue durée ou les soins infirmiers à domicile.
Pour éviter l’engorgement des services d’urgences, le Ministre insiste sur la généralisation des plans blancs (pour permettre d’accueillir l’afflux éventuel de victimes), une meilleure gestion des disponibilités et une connaissance au jour le jour, établissement par établissement, dans un département mais aussi dans les zones limitrophes, les lits disponibles dès que le niveau 3 est atteint.
Secrétaire général de l’Amuhf, le Dr Frédéric Pain s’avoue extrêmement déçu par ces mesures: “Après la grève des urgences en avril, les moyens ne sont toujours pas arrivés. Les hôpitaux sont continuellement au bord de la rupture, les services d’urgence sont actuellement à 200 % d’exploitation avec des malades sur des brancards dans des coins de couloirs. Mieux gérer les disponibilités de lits, encore faudrait-il qu’elles existent…“.
Lutter contre la chaleur est l’affaire de tous !
Mais les autorités sanitaires insistent également cette année sur la prévention. Durant l’été, la population recevra régulièrement des conseils pour se protéger de la chaleur. Elle sera tenue au courant en temps réel du niveau d’alerte. Neuf millions de plaquettes d’informations préparées par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) seront distribuées dans les officines, les mairies, les bureaux de poste… De plus, un numéro national d’information “Info Service Canicule“ est disponible 24h/24h et 7j/7j en cas d’alerte de niveau 3 au 0821 22 23 00.
Enfin, le ministre a rappelé que la lutte contre l’isolement reste également une priorité. En 2003, 55 % des victimes de la canicule de 2003 sont décédées à domicile. Pour réagir face à cette indifférence, un décret a été pris le 1er septembre 2004 demandant aux maires d’ouvrir un registre recensant les personnes vulnérables isolées. L’objectif : faciliter si besoin une intervention rapide des services sanitaires et sociaux. Début juin 2005, 31 % des communes et 97 % des communes de plus de 100 000 habitants ont effectivement ouvert ce registre.
Mais la prévention porte aussi sur quelques mesures simples :
– Fermer les volets et les rideaux durant la journée ;
– Eviter de sortir aux heures les plus chaudes (11h – 21h) et de rester dans les pièces les plus fraîches. En l’absence de rafraîchissement dans l’habitation, passer au moins deux ou trois heures par jour dans un endroit frais (grands magasins, cinémas, lieux publics) ;
– Porter des vêtements légers. Cette recommandation n’est pas toujours évidente pour nos aînés habitués à se couvrir ;
– Prendre régulièrement dans la journée des douches ou des bains frais, sans se sécher ;
– Boire régulièrement et sans attendre d’avoir soif. Ne pas consommer d’alcool et éviter les boissons à forte teneur en caféine (café, thé, colas) ou très sucrées (sodas). Il faut accompagner la prise de boissons d’une alimentation pour recharger l’organisme en sels minéraux (pain, soupes…) ;
– Penser à aider les personnes dépendantes (nourrissons, enfants, personnes âgées, personnes handicapées, personnes souffrant de troubles mentaux) notamment à s’hydrater.
La solidarité vis-à-vis des plus faibles et des personnes isolées est aussi l’affaire de tous, ne serait-ce qu’un coup de téléphone ou un bref échange sur le pas de la porte… Brisons la glace entre générations, entre voisins…
David BêmeSource : Conférence de presse du Ministère de la santé le 22 juin 2005Click Here: brisbane lions guernsey 2019